Radio Mulot


Souvenirs de la transmission FM, renouvellement de programme et techno mutante.

Mode d’emploi : ceux que les textes longs ennuient peuvent se rendre en bas de page et sauter directement dans le minerai en fusion.

Dieu que la transmission FM me manque ! Avec les ordinateurs, il faut convaincre et argumenter. Il faut « communiquer », autrement dit : séduire et mentir. On aura compris qu’en 2017, se contenter d’informer ne suffit plus. Il faut partout allumer de petits drapeaux. Quelle abaissement, quelle perte ! C’est un autre monde – celui de Youtube et Facebook. Fini, les auto-radios, le poste dans le tramway, les longues cigarettes, sur les berges, dans une tâche de soleil. C’est l’Albatros de Charles Baudelaire ! A défaut, celui de Public Image…

Au temps de la FM, je regardais l’antenne par la fenêtre et on y voyait presque s’échapper la musique, comme on peut voir un gaz par l’effet tremblé qu’il ajoute à la transparence de l’air.
Je voyais l’antenne avec derrière, comme sur une photographie, le paysage et la ville, scintillante, étendus sur 30 ou 40 kilomètres.

Sur le clavier sans fil, en frappant la touche B, les fenêtres des immeubles s’illuminaient au loin (Touche B = Next, sur Winamp). Je pouvais presque changer la couleur du ciel.
Clavier « émotionnel ». Générateur électromagnétique, frappant non seulement un communauté d’êtres singuliers, mais aussi les arbres et les façades, les panneaux de signalisation, les carrefours, les ruelles et les impasses, les ports, la cime des grues. Les ondes ont ceci de particulier qu’à l’égal du vent et phénomènes atmosphériques, nul ne sait où il va, ni d’où il vient (Ancien Testament).

Techniquement, tout ce qui est visible à partir de l’antenne est frappé, si bien que les campagnes aussi sont touchées, sur une petite centaine de kilomètres.Non que les viticulteurs soient accrochés à France Museau, mais qui sait ?

Les ondes entrent dans les foyers, dans les cuisines, les chambres à coucher, il n’y a pas besoin de cliquer, c’est pour cette raison que les instances politiques en régimentent à ce point l’usage, comme les contenus malheureusement…

Qui écoute la FM et qui peut y trouver une station clandestine ? Déjà, la police et l’armée, les renseignements généraux, la communauté des radio-amateurs, et tous les professionnels de la profession. Ensuite, viennent les anciens, souvent très attachés à ce support, puis les enfermés, les aliénés, les exilés, les affamés – ceux qui pour une raison ou une autre sont accrochés à quelque récepteur – l’ordinateur du pauvre.
Peut être aussi un auditoire de très jeunes, qui ne se satisfont pas des clips de rap infâmes et autres poisons mainstream, sans pour autant avoir la chance de connaître d’autres réseaux parallèles…

On trouve aussi des étrangers, toutes sortes de voyageurs qui arrivant de l’aéroport sillonnent la FM par curiosité, dans les voitures de location, les chambres d’Hôtel (Vu à la télé)…
Comme je l’avais fait moi même, en camion, traversant Birmingham, ébloui par le nombre de stations bricolées mixant du dub ou des choses à la Massive Attack – pauvre France…

Arrivés à Manchester, sur la Place Albert Square (pour écouler notre muscadet Vieilles Vignes), il aura tout de même fallu qu’une jeune fille (expatriée) me parle de Radio Mulot, ayant remarqué mon micro cravate : Pourtant à l’époque, l’émetteur dissimulé Place République ne transmettait que sur un rayon de 6 kilomètres, en mono : « – Mais je connais Radio Mulot, c’est le type qui passe des vinyles et qui chuchote entre les disques. »

Avec les ordinateurs, que se passe-t-il ? En gros, un ordinateur est une machine à fabriquer sa propre radio, son propre programme : Il y a donc une contradiction à prétendre fidéliser qui que ce soit à travers ce vecteur, d’autant plus dans un domaine tirant sur l’avant-garde. Puisque cela réduit considérablement le nombre des abonnés, mais aussi car cela vise la frange de personnes qui n’entend pas se laisser servir et opère déjà des choix singuliers, pertinents.

Avant de fonder Radio Mulot, à Paris rue Saint Maur en 1997, je n’écoutais jamais la radio, hormis France Culture, considérant peu ou prou la FM comme une poubelle, pour ce qui touche à la musique, je précise. Je comprends donc très bien l’indifférence avec laquelle je dois composer, les archives seules attestant pour l’avenir de l’unicité du programme, avec ses ratures et ses coups d’éclats.

Pourquoi ce billet « nostalgique » ? Parce que l’air de la pleine mer et ses torrents d’écume manquent horriblement, surtout quand un changement de programme s’opère, se découvre dans la fièvre. Autrefois, l’internet était un moyen puissant, non une fin. Nous ratissions les quatre coins du web pour tout reverser dans le local, presque dans le bocage…
Sans parler des cassettes bizarres et bandes quart-de-pouce ramassées dans les greniers ou les fonds de poubelle, parfois sur le bords des routes.

Il faut l’avoir vécu pour comprendre les saveurs et la subversion à l’œuvre dans une telle alchimie esthétique, pour mesurer sa force conceptuelle – bien que l’idée puisse paraître on ne peut plus simple. [Se servir d’Internet à 600 %, composer en flux tendu et à l’échelle d’une semaine ou d’un mois – et non dans le format réduit d’une émission, etc.]

Toujours est-il qu’hier, Dimanche, en suivant sur la toile le fil Ramzi – un fil doré – j’ai découvert encore un pan différent parmi les musiques actuelles et plus particulièrement, le label franco-japonais Mind Records, associé à un autre label nommé Inparadisium. J’ai écouté, puis aspiré, et de fil en aiguilles, en l’espace d’une journée, j’ai écouté tout, tout trié, tout organisé, pour une diffusion radio.

Deux-cent quarante fichiers, 52 dossiers, 2 245 449 280 Octets sur le disque, disent les « propriétés ». Rien d’extraordinaire à première vue, et je n’entrerai pas dans l’exposé décrivant ce que veut dire et comment a lieu ce travail d' »écoute Mulot ». Plutôt dire qu’il est assez rare chez nous de garder presque en totalité la production d’un label ou d’un artiste.

Ici, avec Mind Records et plus particulièrement le redoutable FEMMINIELLI NOIR, on trouve une sorte de techno mutante, volontiers punk et industrielle.Bien que le label ou les artistes amis d’Inparadisium proposent aussi des déclinaisons parfois assez éloignées, dissemblables, complémentaires. De quoi fabriquer un programme avec ce seul univers, en passant de l’un à l’autre, en sautant d’une liste à l’autre, comme dans un rêve ou un jeu vidéo… C’est à dire en suivant le cours exact d’une vie réelle, d’un parcours concret, dont France Museau est le reflet direct, efficace et tangible…

C’est cela qui avait sa puissance en FM et perd beaucoup sur Internet puisque (pour ceux qui ont réussi à suivre) désormais, on ne sort plus d’Internet…

Enfin, il y a une joie à programmer et tisser des univers dont chaque fil est une œuvre – un morceau – et dont l’ensemble amène toujours une explosion de couleurs et de sensations.

À ce titre, quoiqu’en disent les mystiques et penseurs de tout poil, il y a dans l’art une diversité et une force de renouvellement qui me semblent dépasser de très loin ce que la nature a pu produire de plus éblouissant. (Mais dont l’art en question est cependant un ensemble découlant d’elle.)

C’est pourquoi la musique m’apparait le plus souvent comme un élément éminemment plastique, le souci de la forme étant, par chez nous, la clef de voûte tenant minute après minute la diffusion dans sa totalité.

Liste Actuelle / Mind Records & Co :

Un mot sur la liste actuelle. Le corps principal du programme est constitué de deux dossiers géants, Mind Records et Inparadisium.

Les fichiers « guests » sont quelques groupes qui me semblent en rapport ou se compléter avec bonheur, comme C_C, découvert il y a peu au Gri Gri ou Docteurlamort, vu à Nantes, café La Fraternité. Ce sont aussi quelques longs mixs concoctés par ces mêmes personnes, sorte de programme dans le programme…

On trouvera aussi des surprises, comme des live inédits, enregistrés au débotté, masterisés à la main… La liste tourne en mode aléatoire mais ce mode peut être soudainement débrayé, quand l’unité de certains albums mérite d’être conservée, ou qu’une suite magique se fait sentir…

Le détail de la liste est visible ici : http://fieldmice.free.fr/…/Mind_Records_&_Guests_Ver_1.0.ht…

Cette liste sera lancée à partir du Mardi 12 Décembre au soir, voire le lendemain seulement, Mercredi 13, heure X.

« I wish somebody will tell me what is happy music ? »
Steven Brown (Tuxedomoon)

Stream URL / Écoute en ligne :

http://fieldmice.free.fr/Line_In.pls
http://fieldmice.free.fr/Line_In.m3u

J’avais dix ou douze ans maximum quand j’ai découvert les Marquis.

Je connaissais encore peu de choses, malgré quelques référents forts, quelques maîtres puissants.
Notamment grâce aux dernières radios libres autour Paris – comme Radio Cité 93, et l’émission Alerte Rouge.
Et une petite copine punk, qui vivait dans une maison à la Tardi, dans les campagnes brûlées, vers Ecouen (95).
Pas de sexe : on attendait la fin du monde, on fraternisait dans l’impasse, les drogues chimiques de supermarché.
On achetait des cassettes pirates, aux puces de Saint-Ouen, des couteaux, des médicaments volés.
Elle enregistrait des tas de choses sur ces radios, j’écoutais religieusement ces fragments collectés.
Je me changeais dans le local à poubelles, le matin très tôt, pour m’habiliter avant d’aller à l’école.
On aurait souhaité voir tout brûler, pourtant nous étions complètement inoffensifs.
J’écoutais les Sex Pistols, Tuxedomoon, Klaus Nomi, sur les quais de gare, glacés par l’hiver.
Vraiment glacés : nimbés de givre, les caténaires crépitant dans l’air humide, sous l’effet du gel.
Il me semblait que tout ce décor était fait pour aller avec la musique : l’effet walkman : surpuissant.
On rêvait de se jeter sous un train. On admirait, on enviait ces courageux, ces fous de douleur.

Un soir, je me suis retrouvé dans une fête, Quai de Jemmapes, à Paris, chez un couple de psychanalystes.
La femme était amoureuse de ma mère et tentait des avances depuis longtemps.
C’était un grand appartement, au dernier étage. Depuis le balcon, on voyait le canal bordé d’arbres,
Je me préparais à l’ennui, dans un contexte aussi mondain, quand quelqu’un a mis Dantzig Twist sur la platine :
Révélation : je ne connaissais rien d’aussi envoutant, d’une telle noirceur d’encre.
Rien d’aussi efficace, de sec, dans la mélodie assumée, la faculté immédiate à camper une ambiance qui ne trompe pas, qui ne ressemblait à rien de connu.
Guitares tranchantes, riffs imparables :  le divin Marquis était né, dans ma cosmologie intime, et cette sensation émotionnelle, cette couleur sentimentale sont restées pour moi uniques à ce jour.

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